Untitlel, Keith Haring, 1982

L’homme n’a pas toujours été un animal économique. C’est pourtant ce qu’il est devenu, principalement. Son travail est devenu une valeur marchande ou de remplacement, au gré de l’invention technique de robots toujours plus sophistiqués, devenus les contremaîtres comptables et performants.
Dans un monde bipolaire, blanc et noir, riche et pauvre, nuit et jour, guerre et paix (voir p.5 le déclin de la civilisation), il y aurait ceux qui donnent et ceux qui prennent ! Le croyez-vous ? Dans son fameux essai sur le don, Marcel Mauss (1870-1950), anthropologue, parlait d’une « triple obligation : donner, recevoir et rendre», «une pensée à hauteur d’homme», disait-il, à laquelle Lanza Del Vasto a répondu « Ne donne pas : partage ».
Il faut retrouver la valeur des mots, le sens des choses pour entendre la vibration du «travailler c’est remercier» de Jean Klein (1912-1998) et pouvoir appeler, avec Fabrice Midal, « à résister à tout ce qui tue notre humanité » pour « ne pas rentrer dans une servitude volontaire ».
Pour ce numéro du JdY, avec l’idée peut-être naïve de créer davantage d’humanité, nous avons demandé à des personnalités, principalement du monde du yoga, ce que signifiait pour elles, «la voie du cœur». Nous n’avons pas été déçu. Toutes situent, dans cet espace du cœur, le centre névralgique de l’être, le siège de la pensée, de l’affectivité, de l’intuition, de la douceur et de la vie, évoquant cette recherche de quelque chose de plus profond, en rapport avec l’âme, le divin. Cette aspiration à aimer est bien partagée. Mais «Comment cultiver cette tendresse» de manière « activiste » demande Marie-Laurence Cattoire, sachant que l’amour n’est pas une voie mais «un état à conquérir» (Luc Bigé)
« Aime et ce que tu veux, fais-le. »
Saint-Augustin
Dans la recherche de cet état, dans un monde déboussolé, on comprend que le corps soit devenu un récepteur hyper-sensible. Le mental saturé ne suffit plus (ou n’en peut plus). L’espace du cœur doit être de la partie, battre et respirer. La transmission du yoga devient alors davantage une exploration somatique, une ouverture : revenir à la lenteur, à l’immobilité, au silence, à l’écoute des mémoires engrammées, individuelles et collectives ; retrouver une intimité avec soi (voir p.4), avec la voix qui chante en lien avec l’esprit de la nature.
Dans sa transmission, Romulo Pelliza l’a entendu, qui allie yin, restaurative yoga, son, et tradition chamanique, pour un yoga du ressentir, de la douceur et de la prise conscience (ou «prise de cœur».
De son côté, Christian Tikhomiroff, qui achève la série d’articles sur les 3 granthi, nous invite à considérer le nœud du cœur, dans son rapport avec la personnalité égotique. « Il semblerait, dit-il, que l’espace du cœur incarne le centre le plus mystique, qu’il soit le lieu privilégié du jeu du destin et du bonheur de l’être humain, la porte donnant accès à toutes les portes. »
« Va où ton cœur te porte », telle est alors l’invitation du Journal du Yoga, qui aime, vous le savez, « enfoncer les portes ouvertes ! »… Et en italien, pour encore plus de résonance poétique, de grâce, « Vai dove ti cuore ti porta »…,
mais « vas-y ! », comme le suggérait déjà Saint Augustin au Vè siècle ! ■ RC








