Kamala Phonphibsvads
Pour prononcer son nom, il faut l’éternuer ! dixit Kamala – Fleur de lotus -. Son cheminement l’a amenée à enseigner le yoga de la non-dualité, dit de la « voie directe » avec la joie qui va avec. Elle nous invite ici à en goûter la saveur en nous reliant simplement à ce que l’on est déjà vraiment, à l’espace de la Présence, à la Conscience, qui est aussi la réalité, la seule. En mots et en peintures. – Avec Kamala Phonphibsvads
JDY. Enseignez-vous le yoga ?
Kamala Phonphibsvads Oui. Même beaucoup, comme un art d’être. Utiliser le mot yoga est souvent un compromis. Je prends soin de dire aux élèves qu’il n’y a pas de distinction entre approche corporelle, méditation, marche consciente, satsang…, car pour moi tout est yoga : la vie, ta manière de percevoir, d’interagir, de te relier à la source, tes décisions, ce que tu consommes…
JDY Pas juste le corps, les postures, le tapis…, alors ?
K.P. Dans ma pratique et mon enseignement, quand j’ai commencé en 2007, au début, je ne savais pas que j’étais dans une « voie progressive ». J’ai fait mes formations, lu des livres, je pensais qu’il fallait faire toutes ces techniques pour purifier l’énergie vitale et renforcer ce véhicule, ouvrir
les chakra, nettoyer la partie subconsciente de ma psyché, et que si j’étais suffisamment « pure », et bien alors… ça allait m’être donné… l’éveil. J’ai compris après quelques années que ce n’était pas ainsi.
JDY Notre société n’est-elle pas entièrement construite sur cette idée de « progressif » ?
K.P. Oui, on remet toujours à demain. On est toujours dans une progression, dans un devenir, dans un vouloir, dans un vouloir atteindre. Même dans le yoga, j’étais tombée dans ça, sérieusement, mais je ne le savais pas. C’est ainsi que j’enseignais : « Si vous pratiquez, le corps va évoluer ; si le corps évolue, forcément l’énergie vitale va circuler, alors vous allez vous sentir plus aligné, mieux avec vous-même et la vie… »

JDY Et aujourd’hui, qu’enseignez-vous ?
K.P. Ma manière d’enseigner n’est plus du tout dans un vouloir atteindre, on est déjà Cela. On se positionne tout de suite dans « je suis présent, je suis conscient ». Je suis cet espace qui reçoit le moment présent. À partir de là, les mouvements du corps émergent. Je donne des instructions pour lancer un mouvement, mais très vite, j’invite à ne pas posséder le mouvement, à le laisser vivre tout seul. L’image même du corps disparaît et j’invite alors à percevoir la réalité du moment telle qu’elle apparaît vraiment, et à vivre cette expérience empirique. Il n’y a pas des mains qui bougent mais des vibrations, des changements de température, des textures, différentes densités et surtout plein d’espace ; un espace qui voit et ressent tout cela, c’est-à-dire la Conscience. Quand on pratique depuis cette perspective-là, c’est tout à fait différent. Le moment est vécu depuis un espace ouvert, non plus depuis une entité limitée, le corps ou la personne. L’expérience est un tout.
JDY Quel a été le déclencheur pour vous ?
K.P. Le chercheur lit les livres des maîtres, regarde YouTube… et se conforte dans une sorte d’entendement intellectuel. Le déclencheur fut la souffrance de sentir que la voie que je poursuivais jusqu’alors ne me paraissait plus être suffisante pour me permettre d’atteindre la réalisation du soi. Dans mon cas, même ayant beaucoup pratiqué avec le corps, le fait de n’avoir pas, à ce moment-là, vraiment expériencé le « je suis » dans mon expérience empirique – avec un corps qui bouge, qui ne bouge pas, les yeux ouverts dans la rue, à marcher dans la nature, à toucher les choses, à regarder dans les yeux de l’autre, dans une conversation, dans les moments où il y a des émotions… – fait que la compréhension intellectuelle me gardait malgré tout à la surface de la réalité. Celle-ci ne peut rien face à la vie, sinon te donner une direction. Mais la vie te dit : tu n’y es pas du tout, pas encore. Ta perspective est fausse. C’est pourquoi le fait de ré-expérimenter ce qu’est vraiment le corps et les perceptions à partir de la Présence-Conscience nous permet de mieux intégrer tout cela dans la non-dualité.
JDY. Est-ce cela la « voie directe » ?
K.P. Notre nature divine, elle Est. Simplement, je n’ai pas appris à la voir. Elle n’est pas à mériter, elle est déjà là.
J’ai relu Ramana Maharshi et aussi Nisargadatta. C’est d’une simplicité telle… Je me suis dit : tu n’as jamais essayé ça !
Beaucoup de postures, respirations, concentrations, mantra…, mais est-ce que tu connais le véritable « je suis », ce retournement sur soi. L’attention est instable au début, on n’est pas sûr d’être en « je suis ». Mais dans cette investigation, il y a un moment où l’on reconnaît en soi le « je suis » éternel et permanent.
S’identifier au personnage et au corps,c’est assez banal en fait ? Mais pas obligé.
JDY Ce n’est pas narcissique, ce retournement vers soi ?
K.P. Pas du tout, au contraire. En fait tu te retournes vers l’impersonnel. Quand tu baignes dans cette dimension de Présence, Kamala, ça ne veut plus rien dire, elle n’a plus d’existence propre, mais ce que l’on vit est un espace ouvert et illimité, tangible aussi.
JDY incarné ?
K.P. Je n’aime pas le mot « carné ». Je ne l’utilise pas. Il évoque la matière. Je vis cet espace davantage en terme de vibrations, d’informations sensorielles. La Conscience est la pure intelligence, et aussi la créativité, source de tout. Non seulement elle est absolue, indépendante, et également imbriquée dans tout ce qui existe là. Mais ce qui existe là est fait de la Conscience, pas de matière. La physique quantique le confirme : si toute la matière de tout le cosmos devait être concentrée, elle tiendrait seulement dans un petit pois ! Alors, peut-on encore parler de matière ?
JDY La pratique est-elle nécessaire ?
K.P. Pas strictement nécessaire, mais elle est très aidante. Certains enseignants disent qu’« il n’y a rien à faire ». Je ne dis pas cela. Tant que c’est obscurci, il faut pratiquer. Tant que tu as des doutes sur le fait de voir ou pas, il faut apprendre à voir ce que nous sommes déjà. La Conscience, elle, est. On doit se repositionner en tant qu’Elle, et non en tant que le personnage. Au début de la « voie directe », retourner l’attention, la déposer dans sa source de conscience, c’est toute une pratique. Cela requiert quand même un travail. Une certaine stabilité est nécessaire. Si tu n’es pas en conscience pour une durée suffisante, tu ne pourras pas recevoir le moment présent et explorer la nature de cette réalité. Puis, la pratique permet aussi de développer une sensibilité ou une perception pure, dénuée d’empreintes mentales. Cela permet de sentir toutes les « barrières » tomber, car on voit que notre réalité est une et indivisible. La séparation nous apparaît alors comme une illusion, le résultat du conditionnement.

JDY Comment apprendre à voir ?
K.P. Nous pensons voir avec les yeux. Même les yeux fermés, quand on dort ou rêve, on voit des images. Cela qui voit vraiment, c’est la Conscience. Toute la guidance, toute la pratique consiste à apprendre à se repositionner en tant qu’Elle, et de recevoir le moment présent dans cet espace fondamental. Car s’identifier au personnage et au corps, c’est assez banal en fait ? C’est ce que l’on vit tous. Mais ce n’est pas obligé. Voir à partir de la Conscience change tout.
JDY La lenteur est-elle importante ?
K.P. Le mouvement aime la lenteur, parce qu’il aime être en symphonie avec le souffle ; et le souffle n’aime pas trop être saccadé, rapide. Quelque chose d’ample et rond qui prend le temps de revenir doucement. Ça prend de l’espace-temps, de l’amplitude pour aller vraiment dans la profondeur du moment. Dans les marches conscientes par exemple, on s’invite à la lenteur, à revenir dans la présence, et au lieu qu’il y ait un temps linéaire, il y a comme un moment présent vertical, profond et vaste, où l’on ne connaît plus la différence entre le moment présent et la Présence, tellement tout devient Un.
JDY Comment la vie te dit que tu la regardes avec la Conscience ?
K.P. Il y a déjà la paix, le sentiment que c’est ainsi parce que ça doit être, que c’est dans l’ordre des choses. Un apaisement très profond est ressenti, quelque chose de très simple ; tu n’as pas de résistance (à ce qui arrive), rien qui s’accroche ou qui t’alourdit par rapport à la vie. Et tu es beaucoup dans : ressentir la joie qui veut s’exprimer, une joie presque enfantine qui ne veut pas récupérer quelque chose pour le personnage, une joie d’être tout simplement.
JDY Y a-t-il encore la notion de libre arbitre dans cette voie ?
K.P. On touche à quelque chose de subtil. Quand on est identifié au mental – la formation de l’ego -, on est dans le monde du conditionnement. Notre expérience est voilée par nos croyances et nos déformations du passé. Dans ce cas, on ne peut pas parler de libre arbitre. Par contre, quand tu vois de plus en plus à partir de Cela qui voit vraiment la réalité… Cela – la Conscience – est la liberté même. Elle n’a donc plus besoin d’être arbitrée ! Il n’y a plus de sens entre choisir ceci ou cela, parce que son mouvement est tellement global, non duel, que forcément ça va aller là, précédé par la joie. Quand tu es toi-même complètement, tu laisses ton être s’accomplir, mais en fait les choses s’imposent d’elles-mêmes. C’est cela qui est juste.
À ce moment, ce n’est plus un choix. Il ne reste que la liberté, pas l’arbitre !
JDY Que veut-on dire par « illimité » ?
K.P. Déjà, lorsque l’on n’est plus limité par ce corps, lorsque notre essence, notre nature essentielle n’est pas dépendante de la destinée du corps… C’est énorme, car la peur de disparaître s’évapore et l’angoisse existentielle avec. Bien sûr on prend soin de ce corps, mais on se laisse vivre le moment, porté par ce cadeau. Le corps est une des plus fortes identifications. Mais cette idée du corps est un concept mental. Se désidentifier du corps, c’est se désidentifier d’un gros lot de concepts mentaux… Illimité signifie aussi qu’aucun rôle ne te définit complètement et indéfiniment. Le sens le plus profond de la liberté, c’est l’indépendance. Ta plénitude essentielle et ton sens du bonheur ne dépendent pas de quoi que ce soit. Le fait que la vie soit complètement reliée est le fait que la Conscience est Une pour tous, partagée et universelle. Nous sommes en Elle. C’est émouvant, ça nous relie tous.

JDY À quoi ressemble la vie lorsque l’on voit avec Cela, la conscience ?
K.P. Dans le rapport à l’autre, on se sent très proche et pour tant on ne se connaît pas, et je te veux du bien. Dans nos échanges, c’est peut-être léger, mais pas cliché ; une attention authentique, sincère, une gentillesse qui ne se veut pas gentille, pas une politesse. On se sent proche d’emblée. On est parmi nous. Ce rapport les uns avec les autres, on peut l’avoir avec tout ce qui est : animaux, nature… Tu sens la conscience qui se regarde dans les yeux du chat, la conscience qui se vit dans la rose, dans les arbres. Tout est très sensible. Il y a une proximité, non séparée, imbriquée, très enveloppante. Ton rapport à ce monde est très bienveillant ; sans essayer d’être très vertueux, tu l’es. Tes décisions vont dans le sens de quelque chose de plus global, un impact qui détruit le moins possible, sans que cela soit parfait mais qui tend vers cela et qui crée le plus possible de joie, de beauté, d’amour. Une vie incluante, en partage avec tous, une vie qui prend en compte le tout et non juste l’individuel. Créer, ce n’est pas créer pour moi, c’est créer comme faisant partie d’un mouvement total de la Vie. Pour célébrer la vérité de l’Être, selon ses talents et sa sensibilité uniques…
JDY. Peut-on arriver à ne plus douter ?
K.P. Si tu es consistant, oui. On parle du zéro doute sur ce que l’on est vraiment. C’est possible. La réalité s’offre à nous, à chaque instant. Dans le travail de la pratique, on enlève, on enlève…, pour laisser passer la lumière éternelle.
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