
bien connu de la sagesse populaire et soufie.
Ici, dans la version dessin animé,
avec son âne.
À moins que ce ne soit
le contraire !
Un jour, le mollah se reposait au pied d’un arbre dans les montagnes de l’Asie centrale, les yeux mi-clos. Il gardait quelques brebis.
Un homme de la ville, de passage dans la région, le vit et vint vers lui.
Il le contempla un moment. Il semblait surpris de voir cet homme dans la « force de l’âge » ne rien faire et après les formules de politesse d’usage,
il lui dit :
– Pourquoi passer vous votre journée à vous reposer ? Au lieu de cela,
vous pourriez traire les brebis que vous gardez et faire du fromage.
Après un long silence, le Mollah lui répondit :
– Et pourquoi ferais-je cela ?
– eh bien, avec la vente des fromages, vous pourriez acheter d’autres brebis.
– Et alors ?
– Alors, alors, vous pourriez vendre encore plus de fromage, acheter encore plus de brebis…
– Et alors ?
Alors vous pourriez employer plusieurs personnes pour faire ce travail…
– Et alors ?
– Alors… alors vous pourriez vous reposer !
Nasruddin le regarda d’un air amusé :
– Ah oui ? Et qu’est-ce que je fais en ce moment ?
Il y a dans le yoga nidra (voir tout au long de ce n° du JdY), certes infiniment de repos mais aussi quelque chose du Wu Wei taoïste, habituellement traduit par « non agir », qui est aussi « ne pas contraindre », ne pas imposer sa volonté, ne pas vouloir que les êtres et les choses soient différents de ce qu’ils sont. Le « non-agir » du nidra consiste à se laisser couler dans le sommeil sans se noyer, jusqu’au corps subtil, de remonter par la force du courant ascendant et de flotter à sa surface. 1 heure de pratique vaut 4 heures de sommeil profond, nous disent les frères Gianfermi. Elle ne nécessite pas de compétence particulière, sinon de pouvoir rester immobile, justement pour « ne rien faire » ! Se laisser être pour aller à la rencontre de son monde intérieur. Pas si facile. D’où l’importance d’une bonne guidance, d’être accompagné par un guide bien formé (voir Samprayoga), qui connaît la musique — comme dirait Maja Cardot- et les protocoles pour ce voyage qui est en fait une autre façon de méditer, un sommeil mystique (voir p. 6-8). Le but du yoga nidra est de cesser de vous identifier à ce que vous n’êtes pas dit Mathieu, qui nous rappelle, avec son humour, qu’une personne est relaxée lorsque sa culpabilité n’est pas établie ! Effectivement.
C’est ce qui différencie le yoga du bien-être ou du développement personnel, car ceux-là vous renforcent dans vos croyances, dans votre volonté de changer à la recherche des fruits de l’action pour soi, comme si vous étiez « coupable ».
L’objectif du nidra ne doit pas être confondu avec le sankalpa — la parole forte qui engage en début de nidra —, qui est la puissance du désir premier, celui de s’accomplir, dans la joie nous dit Micheline Flak.
Erik Sablé en rajoute, lorsqu’il écrit que la « sainte Paresse est intrinsèquement liée au surgissement de l’être, au mystère de la conscience qui se contemple au plus près d’elle -même dans un émerveillement constamment renouvelé… » .
Puisse Nasruddin nous rappeler de rester au plus près de notre propre chemin,
quel qu’il soit, pour cette nouvelle année 2026.





