Karta Singh, le constructeur

Propos recueillis par I. Clerc parus en Juin 2013 n°140 du Journal du Yoga

Karta singh donnera des enseignements au Yoga Festival Paris 2016, le 23 et le 24 octobre

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Santé Yoga Comment avez-vous rencontré le soufisme ?  
Karta Singh J’ai été élevé à Rabat au Maroc. Il y avait des soufis autour de moi dont j’ai subi l’influence. Mais à 10 ans, je suis revenu dans la région parisienne où j’ai étudié au lycée Diderot. Après quoi, je suis entré à l’Office National des Forêts. J’ai découvert une forêt extraordinaire, celle de Saint Germain et retrouvé un ami d’enfance, initié dans la Franc Maçonnerie. Je cherchais des maîtres. A l’époque, j’ai construit un voilier de 12,50 mètres et de 14 tonnes. J’ai toujours eu des projets de constructions. Mon nom, Karta, veut dire le constructeur.
S.Y. Un nom prédestiné…
K.S. Eh oui ! C’est d’ailleurs quand j’ai mis le bateau à l’eau que j’ai rencontré mon maître, Yogi Bhajan. C’était un maître de yoga tantrique blanc. Les pratiques posturales et méditatives s’exécutaient avec un partenaire. Il appelait « diagonales » les formes de Kriya développées. Il voyait le yoga comme un travail sur les angles (postures) et sur les tensions musculaires (intensification d’un flot de prana dans les circuits). Nous n’avions pas parlé mais dès ma rencontre avec lui, j’ai senti une libération des peurs extrêmes et je suis parti dans un grand éclat de rire. Depuis, je ne cesse de rire et je voudrais faire rire les autres.
S.Y. Vous étiez proche de lui ?
K.S. Oui, j’allais le voir en Amérique. Lui venait en France. En 10 ans, il avait mis en route des communautés dans les grandes capitales. Son yoga était fait pour les gens qui vivaient dans la jungle des villes. « Enseignez, vous apprendrez », disait-il. Enseigner permet d’approfondir, de devenir plus pragmatique et sur la durée. J’ai d’abord rencontré Guru Hans Singh.
S.Y. Il s’appelait comme vous : Singh ?
K.S. Tous les hommes s’appellent Singh qui veut dire lion, et les femmes Kaur, princesse. Guru Hans Singh était un genre d’Hermès Trimégiste, à la fois maître de Kundalini, de Tantra, et de Dharma. Ce qui est dharmique est plus dévotionnel. Le Kundalini est plus technique. C’est très puissant. L’idée est d’élever les autres, de partager avec eux, ce que l’on appelle le « Sangat-Yoga ».
S.Y. Mais avant de pouvoir partager avec les autres ne doit-on pas accomplir tout un travail ?
K.S. La grotte est à l’intérieur. C’est le Soi essentiel qui n’est pas spontané. Tout un travail est à faire pour cristalliser un Soi authentique. C’est la pratique de la Sadana : se lever avant le soleil, prendre une douche froide, rendre grâce par le cœur, soit répéter un texte composé par Guru Nanak, le prophète et fondateur de cette lignée constituée de dix maîtres. La lignée est désormais arrêtée. Mais le guru vivant est dans le livre (« Siri Guru Granthi Sahib »). Le régime est strict : ni alcool, ni viande, ni œufs. Ces vieilles recettes donnent une vitalité suffisante pour faire face à n’importe quelle situation de stress. Il s’agit aussi de discerner entre celui qui nous aide à nous développer et celui qui nous démolit. La santé consiste à sortir du conflit avec son Soi essentiel.
S.Y. : En quoi votre enseignement diffère-t-il de celui de Yogi Bhajan ?
K.S. : Il était plus chamane, il travaillait avec les gens comme ils étaient. Il n’a pas mis en ordre ses enseignements. Il nous a conseillé Patanjali. J’ai voulu former des formateurs à partir de 1986. J’ai maintenant une trentaine d’équipes de formateurs en Europe et dans les pays qui parlent russe. Nous sommes aussi en Chine et en Australie. Les nouvelles générations partent plus au quart de tour, ce qui correspond à un besoin. Au début, nous étions dans l’esprit de 68, suivi par le « Je vais aller mieux ». Aujourd’hui, comme on n’a plus rien à perdre, on est prêt à démarrer quelque chose de nouveau. Tout le monde est paumé et dispersé à cause du bombardement de l’info, des communications tout azimut. On ne sait plus exister, trouver un sens, et conduire sa vie.

S.Y. Quelles sont vos intentions lorsque vous enseignez ?
K.S. J’utilise le Kundalini pour la libération des peurs et des limites récurrentes. Quand on est réactif, on rencontre des murs. J’essaye d’aider les individus à sortir de leurs schémas automatiques. Il s’agit de construire des groupes humains qui vont se confronter avec gentillesse, de façon à s’inspirer mutuellement, un groupe de gens qui se regarde dans les yeux. Ce sont des personnes engagées qui vont échanger. Ce n’est pas ésotérique mais alchimique, transformateur. On va faire en sorte que la vie soit vécue en conscience. On va changer son regard sur les choses. Je n’enseigne pas à la semaine, c’est sur du long terme. J’ai vu des gens arriver à 78 ans et qui se sont éclatés. Le Kundalini, c’est le TGV, ça permet de bouger vite.
S.Y. Quel est l’impact du Kundalini Yoga en France ?
K.S. Nous sommes planétaires. Le Kundalini n’est pas francophone. La France est sous le signe de la Terre (Vierge). Les Français sont attachés à des traditions qu’ils n’arrivent pas à changer. C’est étonnant, nous avions l’esprit de la révolution et maintenant, nous vivons dans un esprit qui ne peut plus s’ouvrir. Nous sommes entrés dans une sorte de protectionnisme. Nous vivons sur des acquis. En Europe, il existe de moins en moins de nationalités. Les gens déménagent, bougent individuellement, ne vivent plus sur leur terre. C’est un virus de l’intérieur.
S.Y. Qu’est-ce qui nourrit notre vitalité ?
K.S. Le contentement est un état général qui nourrit notre vitalité. Les cinq sens nous embarquent dans toutes sortes d’histoires. Si on meurt à des millions de désirs, on nourrit le désir de ne plus avoir de désirs. Si vous êtes tranquille, c’est que vous êtes en péril. Lorsque l’on s’agite, l’on ne voit plus les problèmes. Mais s’agiter ne change rien. Il est étonnant de penser que nous sommes dans une ville où il y a Notre Dame et qu’aujourd’hui les gens passent sans la regarder. Pourtant, ses pierres continuent de résonner. Notre Dame et Adi Shakti, c’est la même chose. Il est possible de vibrer au niveau des valeurs permanentes.
S.Y. En quoi le Kundalini Yoga nous y aide-t-il ?
K.S. Il donne une densité, une présence qui va être solidaire d’elle-même. Si je m’élève, mon entourage va mieux. La pratique est la fondation. Elle donne accès au mental méditatif. Alors, on perd du poids, alors, on arrête de penser, alors, on peut avoir de l’espoir. L’espoir est fait pour les désespérés. Mais il faut se donner. Actuellement, nous changeons de niveau et de planète. Nous ne nous comprenons plus. Si on veut se comprendre, c’est instantané et déculturé. Dans ce monde où l’on perd le sens de la vie collective, on peut retrouver le sens de la vie pour soi-même. Celui qui s’élève soi-même se déconnecte du flot. Si on se laisse aller dans cet espace vide, on perd tout. Quelque chose me manque, je suis sensible à une absence. Le Kundalini Yoga ne comble pas le vide. Il donne le courage. Tant qu’on est plein, on n’a pas d’accès. Il vous aide à vous guider pour qu’en résonnance vous puissiez vous guider vous-même. L’extase que donne le Kundalini n’a rien à voir avec les sens. Comment je me regarde de l’intérieur ? Quand les sens fonctionnent dedans, on vit une expérience sensuelle intense.

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