Vers une société d’abondance

Partager sa voiture pour un Toulon-Biarritz au milieu de l’été, mettre son canapé à la disposition de touristes, proposer son vélo contre une après-midi de bricolage: autant de nouveaux modes d'échanges qui viennent s’immiscer doucement dans nos habitudes … et qui nous changent en profondeur. 

Baptisées économie collaborative, économie du partage, sharing, elles reposent toutes sur une valeur : la confiance.  Et donnent un avenir à des vertus comme l’empathie, l’ouverture, le partage, la souplesse. Accepter qu’un couple de Coréens en lune de miel à Paris occupe la salle de bain, ou descendre à Marseille en compagnie d’inconnus, représentent des situations venant secouer nos vieilles habitudes et nos schémas de confort. Nous voici confrontés à l’inattendu, à l’autre.  Le confort personnel, qui prend forme, par exemple, dans le choix de la musique en voiture,  ou dans le fait de pouvoir se rendre à la salle de bain quand bon nous semble s’échange contre une conversation, un peu d’effacement, une écoute. Avec la nécessité de l’ouverture à l’autre, le rapport au confort et à la propriété se modifie. In fine, c’est notre perception de la vie qui change.

En renonçant à la contrôler, la vie offre une autre expression d’elle-même. Cesser d’aborder l’existence avec une mentalité d’ « assuré tous risques » permet une liberté de l’instant qui réjouit et enrichit. La vie n’est pas une mutuelle et n’offre aucune garantie.

C’est pourquoi, la confiance est plus que jamais présente au sein des économies collaboratives.  Cette fameuse confiance avec laquelle les économistes aimeraient renouer. Le verbe « confier » - issu du latin confidere : cum, « avec », et fidere, « fier »-  signifie qu’on remet quelque chose de précieux à quelqu’un en se fiant à lui et en s’abandonnant à sa bienveillance. Sans confiance, il est impossible d’entrer en relation profonde avec Alors, la confiance nous est vitale. Au contraire de la méfiance qui nous rapetisse et nous aigrit, elle nous grandit et nous enrichit. C’est exactement ce qui se joue lorsqu’on choisit de laisser les clés de notre appartement à un couple de touristes: tout est possible, aussi bien le pire que le meilleur. La perte, le vol font partie du jeu. Remettre sa responsabilité à l’autre, avec la certitude que tout ira bien, c’est faire coïncider le détachement à l’égard de ce qui nous appartient avec un sentiment authentique de responsabilité envers soi-même et les autres. C’est aussi le fondement de la vraie confiance en soi. Cette attitude, en elle-même simple, est difficile à pratiquer tout en étant encouragée et facilitée par l’apparition de ces modes d’échanges.

Dans cette nouvelle perspective, confiance, ouverture, lâcher-prise, empathie, et gentillesse ne sont pas « le plus » d’une relation commerciale mais le moteur de ces nouvelles économies dont elles garantissent le fonctionnement. 

Par ailleurs, la culture de la communauté alimentée par les sites internet, notamment via les systèmes de commentaires, constitue encore une façon d’encourager ce mode de rapports « horizontaux ».

L’émergence des réseaux sociaux, l’ingéniosité des systèmes informatiques, contribuent à expliquer le succès grandissant de ces nouveaux modes. Grâce à internet, préparerions-nous l’émergence d’une nouvelle société d’abondance ? On a envie d’y croire.

Céline Chadelat


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